Peut-on voyager avec un casier judiciaire ? Immigration et interdiction de territoire au Canada
Une question fréquente se pose pour les personnes qui planifient leur avenir : est-il possible d’immigrer au Canada avec un casier judiciaire ? En résumé, si un casier judiciaire peut vous rendre inadmissible au Canada, il ne vous en interdit pas automatiquement l’entrée dans tous les cas. Votre capacité à entrer et à rester au Canada dépend fortement du type d’infraction, du lieu où elle a été commise, du temps écoulé depuis la fin de votre peine et de l’existence de recours légaux spécifiques.
Règle générale : Inadmissibilité pénale
Le cadre fondamental régissant l’immigration est établi dans la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR). En vertu du droit canadien, une personne peut se voir interdire l’entrée au pays en fonction de deux principaux degrés d’inadmissibilité criminelle : les infractions graves et les infractions générales.
Conformément à l’article 36(1) de la LIPR, un résident permanent ou un ressortissant étranger est inadmissible pour des raisons de criminalité grave pour les motifs suivants :
Pour les ressortissants étrangers qui ne sont pas résidents permanents, l’article 36(2) de la LIPR définit la criminalité générale. Celle-ci s’applique si une personne est reconnue coupable au Canada d’un acte criminel (ou de deux infractions sommaires ne découlant pas d’un même événement), ou si elle est reconnue coupable à l’extérieur du Canada d’une infraction qui équivaut à un acte criminel au Canada.
La nécessité d'une analyse d'équivalence
Si votre condamnation a eu lieu à l'extérieur du Canada, un agent d'immigration ne peut pas rejeter votre demande sur la seule base du document étranger. La loi exige une analyse d'équivalence formelle (معادلسازی) afin de déterminer comment cette infraction étrangère est assimilable à la législation canadienne.
Ce principe a été fortement réaffirmé par la Cour fédérale du Canada dans l'affaire de Zeine c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2023 CF 1370Au paragraphe 1, la Cour a précisé :
En outre, la Cour a relevé au paragraphe 23 qu’une « simple référence aux dispositions pertinentes, suivie d’un bref exposé de leur équivalence, ne constitue pas une analyse raisonnable ». Les agents doivent procéder à une évaluation approfondie plutôt qu’à un simple recoupement superficiel.
Voies légales pour surmonter l'inadmissibilité
Heureusement, la LIPR prévoit des mécanismes juridiques spécifiques permettant aux personnes ayant des antécédents judiciaires de surmonter leur inadmissibilité. En vertu des alinéas 36(3)b) et c) de la Loi, l’inadmissibilité ne peut être fondée sur une condamnation pour laquelle suspension record (anciennement appelé pardon au Canada) a été ordonné et non révoqué, ou lorsqu'il y a eu une décision finale d'acquittement.
De plus, les individus peuvent obtenir gain de cause s'ils prouvent au ministre qu'ils ont été réhabilités, ou s'ils appartiennent à une catégorie prescrite qui est automatiquement considérée comme réhabilitée avec le temps.
Réadaptation et réadaptation présumée
Le règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés (RIPR) impose des délais très stricts pour lever l’inadmissibilité :
Conformément à l’article 17 du RIPR, le délai prescrit pour présenter une demande de réhabilitation est de 5 ans après l’exécution de la peine imposée.
En vertu de l’article 18 du RIPR, une personne condamnée à l’extérieur du Canada pour une seule infraction peut être considérée comme réhabilitée si l’infraction est passible d’une peine maximale de moins de 10 ans au Canada et si au moins 10 ans se sont écoulés depuis l’exécution de la peine.
Surtout, si l’infraction commise à l’étranger est passible d’une peine maximale de 10 ans ou plus au Canada, la possibilité d’une réhabilitation présumée est juridiquement impossible. Cet obstacle a été mis en lumière dans l’arrêt Bello c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2023 CF 1094, où la Cour a statué au paragraphe 38 :
Il est également essentiel de rappeler qu’un agent d’immigration n’a pas l’obligation automatique d’évaluer la réadaptation individuelle à moins qu’une demande officielle ne soit déposée. Dans l’affaire Veizaj c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2016 CF 1070, la Cour a noté que, puisque le demandeur n’avait jamais présenté de demande de réadaptation officielle ni payé les frais de traitement exigés en vertu de l’alinéa 309b) du RIPR, l’agent n’avait commis aucune erreur en omettant de l’examiner.
Suspensions de casier judiciaire vs. grâces étrangères
Si vous avez été condamné au Canada, obtenir une suspension officielle du casier judiciaire en vertu de la Loi sur les casiers judiciaires supprime le motif d'irrecevabilité. Cela a été confirmé dans des affaires comme Cojuhari c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2018 FC 1009, qui a observé que si une suspension de casier judiciaire en instance est accordée, la personne ne sera plus criminellement inadmissible.
Toutefois, si votre casier judiciaire a été effacé ou gracié dans un pays étranger, le Canada ne reconnaît pas automatiquement les grâces ou les effacements étrangers. Havlikova c. Canada (Citoyenneté et Immigration)Dans l’arrêt 2018 CF 691 (par. 25), la Cour a confirmé un test juridique en trois parties pour la reconnaissance des grâces étrangères :
- Le système juridique étranger dans son ensemble doit être similaire à celui du Canada.
- L’objectif, le contenu et les effets de la loi étrangère en question doivent être similaires à ceux de la loi canadienne.
- Il ne doit exister aucune raison valable de ne pas reconnaître les effets du droit étranger.
La cour a souligné que les grâces étrangères ne sont reconnues que dans de rares situations où il serait véritablement injuste de ne pas appliquer les lois d'un pays similaire.
Les permis de séjour temporaires (PST) comme solution
Que se passe-t-il si vous demeurez inadmissible, mais que vous avez un besoin urgent et justifié de vous rendre au Canada ? L’article 24(1) de la LIPR prévoit une clause de sauvegarde temporaire appelée Permis de séjour temporaire (PST)Un agent peut délivrer un TRP si les circonstances dynamiques le justifient.
Comme indiqué dans Stewart c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2022 CF 858 (Par. 33-34) Un permis de séjour temporaire (PST) autorise une personne inadmissible à entrer ou à demeurer au Canada si sa présence l’emporte sur tout risque potentiel pour la société canadienne. Les agents évalueront plusieurs facteurs, notamment le temps écoulé depuis la condamnation, l’admissibilité à la réadaptation et les risques de récidive.
Un TRP sert de pont important lorsque les chemins standard ne sont pas disponibles. Par exemple, dans Peng c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2024 FC 20, le demandeur a été condamné dans les cinq ans suivant sa demande et était totalement inéligible à la réhabilitation criminelle, ne laissant qu'un TRP comme seule alternative légale temporaire viable.
Conclusion
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